17.12.2009

Aussi conscient... (citation)

"[...] Aussi conscient que soit cet auteur des imperfections de son oeuvre, le traducteur, lui, est dans l'obligation de la considérer comme parfaite: il n'a quelle. Elle est sa référence absolue. Pourtant, le traducteur est un lecteur impitoyable. Il voit tout. Il est un peu dans la situation du valet de chambre pour qui il n'est pas de grand homme, puisqu'il vide son pot de chambre. Il voit l'adjectif hasardeux; le verbe qui charge; l'adverbe inutile; la phrase alambiquée pour se faire plaisir; la formulation vague ou ambiguë - sans que ce soit justifié; la situation téléphonée; les personnages stéréotypés; les sacrifices faits à la mode du jour; les travers; les tics, les mots ou expressions fétiches. Autrement dit, toutes les faiblesses que le lecteur ne voit jamais ou qu'occasionnellement parce que, emporté par l'élan de la lecture, l'intensité du récit, la tension de l'intrigue, il se fout complètement qu'il y ait un adverbe de trop, une redondance, un trait d'humour trop appuyé; en quoi il a parfaitement raison, puisqu'il lit, en principe, pour se faire plaisir. [...]"


"Paroles de traducteur", William Oliver Desmond
Bibliothèque des cahiers de l'institut de linguistique de Louvain, Louvain-la-Neuve, 2005

 

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